Quelle évolution du pouvoir d’achat en 20 ans ?

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Avec l’arrivée de l’euro, les Français ont l’impression d’avoir perdu en pouvoir d’achat. Cependant, même si celui-ci a beaucoup évolué depuis 1999, il n’a pas vraiment baissé dans le portemonnaie des habitants de l’hexagone.

Il y a 20 ans la France, comme les autres pays de la communauté européenne, passait du franc à l’euro. Une nouvelle monnaie accusée d’avoir eu un impact négatif important sur le pouvoir d’achat des Français, ces derniers accusant l’euro de la hausse des prix. Cependant, contrairement à cette idée reçue, les Français n’ont pas perdu de pouvoir d’achat depuis l’arrivée de l’euro. Une étude Xerfi, qui a étudié l’évolution du pouvoir d’achat depuis 1999, le pouvoir d’achat des Français aurait même augmenté de près de 20% depuis l’entrée en vigueur de l’euro. Un constat confirmé par l’Insee qui recense le pouvoir d’achat dans l’hexagone depuis les années 40.

Pour rappel
Pour un ménage, le pouvoir d’achat mesure sa capacité à consommer grâce à son revenu disponible. Il dépend donc à la fois de l’évolution des revenus et de l’évolution des prix.

Une belle évolution jusqu’à la crise de 2008
De la fin des années 80 jusqu’à l’arrivée de l’euro, le pouvoir d’achat a fortement progressé. Les salaires n’ont pas cessé d’augmenter, portés par une croissance économique dynamique à 2,8% par an en moyenne. Par ailleurs, des réductions d’impôts et de la TVA (de 20% à 19,6%) avaient bénéficié à l’amélioration du pouvoir d’achat. Les citoyens bénéficiaient également d’une baisse des prélèvements obligatoires, dont la hausse avait été particulièrement marquée entre 1993 et 1997 passant de 43,9% à 46,1% du PIB. Cependant, 2001/2003, avait été une période compliquée, avec une baisse du pouvoir d’achat liée à l’explosion de la bulle Internet. L’année 2003 avait été difficile en terme d’emploi et de salaires, mais le pouvoir d’achat était reparti à la hausse jusqu’en 2007. La crise financière de 2008 a marqué un coup d’arrêt dans cette progression. À ce moment, l’activité recule, l’inflation et le chômage repartent à la hausse et le pouvoir d’achat plonge de 1,1% en 9 mois. Une première depuis 1984 ! La politique économique du pays s’appuie alors sur les amortisseurs sociaux et une politique de dépense publique visant à soutenir la demande intérieure. La pression fiscale diminue, notamment avec la défiscalisation des heures supplémentaires, mais cela fait exploser le déficit budgétaire. La pression fiscale redémarre et les Français perdent de nouveau du pouvoir d’achat 3 années de suite entre 2011 et 2014. Il redémarre doucement grâce avec une inflation basse, au CICE qui s’est en partie transformé en subvention indirecte boostant les salaires, et enfin grâce à une pause dans la hausse de la pression fiscale. Depuis, le pouvoir d’achat continue à progresser lentement grâce notamment aux moteurs d’aides publiques.

Les logements pèsent le plus sur le pouvoir d’achat
Depuis une trentaine d’années, le prix des logements anciens comme celui des loyers augmentent plus vite que les prix à la consommation. La hausse est particulièrement importante pendant la dernière décennie, pour le prix des logements anciens. Pourtant, si on analyse le rapport entre l’indice des loyers (prix au mètre carré à qualité constante) et le revenu disponible moyen des ménages, on s’aperçoit qu’il a peu évolué depuis les années 1970. Cela signifie que pour obtenir un logement de surface et de qualité données, la part des revenus que les ménages doivent y consacrer est restée, en moyenne, sensiblement la même.

Les dépenses technologiques, une nouveauté pour le pouvoir d’achat
De manière assez logique, avec la hausse de la consommation de biens comme les téléphones, Internet et les ordinateurs, les ménages voient leurs dépenses augmenter, sans pour autant voir leurs revenus le faire. Cela pèse de manière générale sur le pouvoir d’achat qui n’a pas augmenté autant que l’évolution des taux d’équipement de ces nouveautés technologiques. Le taux d’équipement, à commencer par la télévision ou les laves linge, n’ont cessé d’augmenter pendant les années 60/70 passant de la « possibilité d’acheter » à la « volonté de posséder » ces biens devenus indispensables dans la plupart des foyers. Les téléphones portables suivent la même tendance, passant de la capacité à acheter car ce sont des biens chers à la possibilité de les acheter, même chères. Or, le pouvoir d’achat n’a pas augmenté au même rythme que les prix de ces équipements, l’inflation sur ces biens étant très forte et le taux de rééquipement suivant la même tendance.

Un exemple emblématique : le prix de la baguette de pain
Un an avant l’introduction de l’euro, la baguette coûtait environ 4,33 francs, soit 0,66 euros. En 2018, la baguette coûtait en moyenne 0,87 euros (5,70 francs), soit une augmentation de 1,7% par an. Cependant, dans le même temps, les salaires ont également augmenté. Le Smic horaire était de 6,67 euros en 2001 alors qu’il est aujourd’hui à 9,76 euros, soit une augmentation de 2,4% par an. Le pouvoir d’achat (comparaison de l’évolution des revenus et des prix) n’a donc pas baissé suite au passage à l’euro.

Le pouvoir d’achat, contrairement aux idées reçues, n’a pas baissé et a même augmenté notamment dans certaines tranches de population. Cependant, les nouveaux modes d’équipements des foyers jouent un rôle important dans l’idée que s’en font les ménages. Cette impression risque de se poursuivre, car les nouveautés technologiques sont de plus en plus consommés par les Français.